The Gluttons

Friday, February 25, 2005

Spinal Tap

Quiconque a vu "This is Spinal Tap" .... hum, déjà, quiconque a déjà vu ce film comprend 2 fois mieux ce blog .... je reprends .... quiconque a vu ce vrai faux rockumentaire se souvient de la malédiction qui frappe le groupe : les batteurs se succèdent à vitesse supersonique ( notez le jeu de mot) , celui-ci qui explose sur scène, celui-là qui s'étouffe avec du vomi, même s'il s'avère après enquête que ce n'est pas le sien ... etc, etc, le tout est bien sûr passé à la moulinette des faits divers rock.
Ok, Spinal Tap est un faux documentaire sur la vie d'un groupe rock fictif ... mais voilà que mercredi, la place derrière les fûts est restée vide. Bertrand , empêché, n'a pû venir. Témoin d'une évidente appartenance au Rock ? Signe du début d'un groupe maudit, né et mort sous une mauvaise étoile, destin éclaté entre alcool, défections et disparitions ?
Signe , en tout cas, que c'est quand on enlève un élément d'un ensemble qu'on voit à quel point il est important ...
Qu'est ce qu'on fait alors ? On part sur le rythme habituel, 2 chansons pour se chauffer, pour reposer à plat notre cohésion naissante. Mais la batterie fait défaut et on joue dans le manque, chaque geste, chaque regard le rappelle. La batterie qui me pousse à jouer mieux, plus fort, plus appliqué ... on livre des reprises sous Prozac. Mélanie est là, venue offrir ses services vocaux et son expérience à Anne-So, offrir aussi son sens du rythme et finir de casser les 2 drumsticks qui trainaient négligemment à côté de la batterie. Les Gluttons ne sont pas que 5,sur le concept de l'arbre qui cache la forêt...
On compose ? J'le sens pas, j'vais boire ma bière. Démobilisation.
Cyril et moi laissés pour morts dans le studio. Ah, c'est comme ça qu'on joue quand on s'entend vraiment ? Ouais, éducatif. Steppenwolf et son born to be wild pointent sous nos doigts. Heavyyy metal thuuunder !
Mon avant-bras se tord de douleur après avoir fait tourné 15 fois l'hymne biker ... une main habituée aux power chords primaires ne pouvait tolérer ces écarts ... "I quit the band, shithead ! ". Penser à être diplomate pour que cette foutue main gauche change d'avis avant mercredi.

Friday, February 18, 2005

Quand le récit rock devient objectif

Ah ... rituel exigé par la gourmandise rock en matière de confection de mythe, avalant excès et frasques comme pain quotidien. Le mythe rock et ses météores, qui brillent fort puis vite s'éteignent, laissant place au mythe en auto-alimentation post-mortem...
Les groupies qui prennent leur ticket patiemment, le manager qui impose le respect à la batte de cricket, les crises d'égo aux 4 coins du studio, les projets de carrières solo, le dealer qui rode tel un satellite autour du studio, des gars qui boivent jusqu'à plus soif en attendant qu'il y entre, un producteur qui s'exaspère de cette attitude rock jusqu'à l'os (qui a dit "comme todd rungren et les Dolls" .... ? ), scandales, gros titres des tabloïds, bref on s'attend à ce que ça sente la poudre (au sens large) ...
Mais qui crée le mythe rock? L'artiste ? Non, les journalistes le font. Et ça a commencé le jour où Mick Jagger a compris que la musique seule ne suffit pas. Malcolm McLaren l'a dit lui-même "si seule la musique comptait, mais plus personne n'écouterait de rock aujourd'hui mon p'tit"... quand on sait qu'il a managé les New York Dolls et les Pistols, ça prend tout son sens. Le journaliste crée le mythe rock et l'entretient ou le défait, c'est selon. NME en Grande-Bretagne "crée" un nouveau "groupe de l'année" de façon cyclique, simplement en le propulsant sur sa 'front page'.
Non, des fois, et c'était le cas mercredi soir, le rock c'est juste du boulot et de l'application. 4 gars, une fille, un petit studio, et tous avec l'envie de ne pas rééditer la frustration de la semaine passée ... une répét' studieuse, des morceaux qui tournent bien, un nouveau morceau (Beetlebum de Blur) et le constat qu'on arrive à surmonter les difficultés à coup de persévérance. La faute en partie à la paire Bertrand / Cyril qui s'adapte rapidement sur tous les terrains et à Anne-So, à qui on peut reprocher ... la même chose, au fond.

Tuesday, February 15, 2005

Pinky

Ce commentaire d'Anne-So était bien trop joli pour ne pas aspirer aux spotlights de la "page principale"...

"pas punk, ni rocker, et encore moins huguesaufraise,un poète disait : chanter c'est comme colorier les mots... à croire que je commence à peine à prendre possession du crayon et de la feuille ! mon crayon est mal aiguisé, j'ai pas encore trouvé la bonne mine, ni la couleur, ce qui est sûr, c ke le papier est bon... il se froisse parfois, se déchire sûrement, se plisse, s'éventre...mais le brouillon est nécessaire, la gomme très utile et la certitude que le résultat trouvera son trait !" by pinky.

Friday, February 11, 2005

" Better to burn out than to fade away "

Je vais emprunter ici la forme des scripts de cinéma, "intérieur nuit / musique mélancolique / un homme seul", ce style là ... Ici, celui que je ferai mien est le suivant: "ton que les gens prennent pour parler des glissements des 'gros groupes' des 70s dans le cirque 80s et les tournées au Japon" ... ce qui équivaut largement à un "extérieur nuit / pluie fine / violon stridant" ! Bref, gardez ça en tête au fil de mon discours du jour.

Je ne me suis pas acquitté de ma tâche hier comme j'en ai l'habitude. Besoin de recul, le temps qui chasse l'amertume, tout ça ... colère sourde , frustration ... mais recul salutaire.
Tout a commencé plutôt bien. Cyril nous montre le dessin qu'il a imaginé pour le groupe. Approbation générale. On peut y voir 5 fantômes dans une attitude très 'gang' , reférence Stones / NY Dolls / Ramones, et le nom qui saute aux yeux comme une parfaite évidence au dessus. On se met rapidement à jouer, les guitares accordées au préalable (un texto de Bertrand m'avait de toute façon dissuadé d'imaginer de penser à oublier ) . On reprend immédiatement sur notre cycle balbutiant désormais classique: la première fois qu'on s'attaque à une chanson on la joue bien, tonique et spontanée ... la deuxième fois est toujours sans âme , dissonante et génère des regards inquiets de l'un à l'autre dans la petite salle qui est désormais la nôtre. PJ Harvey nous confirme que la 3e et 4e fois qu'on joue une chanson, le cycle s'interrompt, alleluia !!!
"Bam bam pak, bam bam pak" , Bertrand démontre toujours ses progrès constants. "Bam bam pak, bam bam ... " , Yann ouvre la porte pour la deuxième fois. Mais QUI ose venir frapper toutes les 20 secondes ? Bertrand : "Yann, sur une batterie, il y a ce qu'on appelle une grosse caisse" !
Mais ... le doute prend la place de l'audace. Attention à la dérive. On ne doit pas oublier l'esprit initial. Mieux vaut une fausse note qui est pleine de rage qu'un récital académique , dont la précision pompeuse remplace la spontanéité. Le stress vient de là. Personne ne se lâche, on retarde les Pixies dans la répét' car cette chanson avait marché merveilleusement bien la semaine passée. La peur de mal faire comme entrave... Chacun doit prendre ses responsabilités. On peut s'affadir rapidement. Il faut se mettre en danger tous les mercredi, penser collectif, retrouver le dynamisme, la rage, finies les chaises dans le studio, bannies !

Rien ne résume mieux la situation que l'analyse de Bertrand: "du stress, donc pas de feeling et surtout un vrai manque de modestie: on peut pas faire des progrès inouis toutes les semaines sans suer. Le rock ça se mérite !" Fermez les guillemets. Tout est là !

J'étais amer, et avec le recul ... je pense que ça a été bénéfique. J'espère même que des sessions comme ça seront régulières, car on construit davantage dans la difficulté que dans la complaisance.

Thursday, February 03, 2005

Yann, ta guitare ... !

Mes rendez-vous avec le blog ressemblent à des lendemains de fête, tendance gueule de bois: le son saturé, les rires, la fumée , les bières... ; tout ça encore en tête, presqu'encore en mouvement ... à un lendemain d'émoi amoureux, tapant sur le clavier avec un sourire enthousiaste, des idées plein la tête ...
Bon pour la gueule de bois, c'est qu'une image. La vie du groupe a changé. Maintenant, les mercredi soirs seront abrités par les murs de la Rock School. Petite salle, bières interdites. Un huis-clos spartiate pour n'avoir que la musique en tête... C'est quand même ambigu le rock des fois. 'Rock School' .... un nom qui enflamme tellement de mèches dans nos têtes .... on imagine ça comme .... je sais pas, des murs d'amplis Marshall, des gars aux cheveux hirsutes appuyés dans les couloirs enfumés, ambiance gang-3-accords, l'effervescence, l'urgence rock, des bières, du whisky, des bourrades dans le dos, des discussions à couteaux tirés, sur le rock, toujours sur ça , rien d'autre ... Non ... cette Rock School, et sûrement toutes les autres, a des petits couloirs où il ne fait pas très chaud, où on attend que le groupe d'avant remballe son matos, où on ne boit pas dans les studios ( hum ... je veux dire ... "OU ON NE BOIT PAS DANS LES STUDIOS !!!!!!" ) ... un endroit pour perfectionner un rock sobre et lucide.
Ce n'est que pour cristalliser ce que les Pistols ont appelé 'the great rock'n'roll swindle', la grande escroquerie du rock ... car entre nous, quelle durée de vie aurait un tel endroit ?

20.30 , rendez-vous à la Rock School. 20.30 , le vrai celui-ci, 'Bertrand' s'affiche sur mon portable ... je l'aurai la semaine prochaine, partie remise seulement. Bref, je disais, 20.40 Rock School ... concert de Magma ce soir. Les grands qui cotoîent les tous petits. Enfin, ils étaient dans l'autre salle ... la grande ... et nos fans du noyau dur ne ressembleront jamais aux grisonnants fans intello-bedonnant de Magma ... je m'autorise à me dire, donc, que la remarque avortée sur la magie du rock, "tout est possible" etc etc, était ridicule ...
On découvre la salle de répét', je manque de m'écrouler quand je vois ... un ampli Marshall avec tête jcm 2000. Je m'attendais à ne voir que des combos limités, et me voilà à ne pas monter au dessus de ... 2 ! Etrange comme un Marshall et sa jolie tête incitent à faire des moulinets et à écarter les jambes en martelant ses riffs . Keep on rockin' !
Bertrand attend de l'efficacité. Il lâche d'entrée un "celui qui dit 'je vais pisser' ou 'j'ai faim' dans une heure ... je lui plante ma baguette dans l'oeil" ... ça aurait prété à rire si on n'avait pas vu dans ses yeux que ce gars là ne rigolait pas. Ma raison, mon auto persuasion, peu importe ce que c'était au fond, m'a convaincu que je n'avais pas faim. Pas de bière, de la discipline ... plus proche du straight edge que du punk ! Peut-être Bertrand se sent-il poussé par la présence de Christian Vander de l'autre côté du mur ... le ton est donné.
Cyril acte # 1 .... Yann et moi ne sommes pas accordés pareil, ça le met mal. Pour nous, à vrai dire, ça fait peu de différences, mais il n'y a pas matière à pavoiser de ce côté là ... Je concède de m'accorder avec l'accordeur de Yann ... je deviens fou ! Deuxième fois qu'un accordeur chromatique veut me faire la peau. Ces trucs là accordent à la note, pas à la corde: si on fait la confusion ( justifiée par le fait que la plupart sont à la corde ), le tout devient un maelström Brian Eno-esque. La première fois, j'étais 'roadie' pour Raid Wine à Bergerac (une pensée à ceux qui sourient en lisant ce nom ... ) .
Cyril acte # 2 .... On joue 'Pornography', dans la frustration de ne pas retrouver la pêche et l'ensemble qu'on avait eu la semaine passée ... et Cyril pose sa basse par terre. Peut pas jouer dans ces conditions. Le 'son' n'est pas bon. Incompréhension puisqu'on n'arrive pas encore toujours à tomber ensemble sur le moindre morceau ... Handicap pour Cyril "oreille-Man" que de jouer avec des gens jamais génés par tout ça ... NON, Cyril fait un craquage à paillettes ! Ces trucs qui font dire à un rocker un soir de concert, là-bas dans sa loge, " y a trop de jambon dans ce sandwich, qu'est-ce que tu veux que je foutte avec ça ? Allez va chercher un autre groupe, roadie pourri ... quoi quoi t'es végétarien, ben va bosser pour Supergrass !"
Les 4 autres laissent passer la tempête, à fixer un ampli basse qui, ils doivent bien l'admettre, ne leur parlent pas beaucoup ... Cyril appelle le technicien, sur la demande de Bertrand, et. Le gars arrive, clope comme fossilisée, met tous les potards à zéro, éteint tous les voyants, lâche un laconique "essaie voir" et s'en va ... sacré réglage ! Ahhh quel perfectionniste ce Cyril ... !
Bertrand joue fort. Je suis obligé de monter le Marshall à 2,5 ...... ( cette phrase me comble de bonheur) ...... ( non non rien, je savoure) ...... PJ Harvey ne colle pas, les Hives nous décontractent mais on n'essaye pas d'en faire autre chose ( cf. version frenchie d'Anne-So "j'arrive pas à la chanteeer oh yeah" ) .
Eric, un collègue de Yann et Cyril dans l'enseigne suédoise qui vend des planches en kit, musicien de son état, passe nous voir. Il avait insisté dans la semaine. On ne voulait pas, on a déjà nos inhibitions internes, alors si une personne extérieure se rajoute à l'équation. Par dessus tout, il passe en plein creux collégial ... 'Pornography' ne se pose pas, la confusion est perceptible chez tous. Il part au bout de 5 minutes sur un laconique "hey, bien ce que vous faîtes, bye". Ca nous renvoie à ce qui attend tout groupe en herbe après tout: être confronté au jugement des gens, et le côté paradoxal de ne jamais recueillir une critique objective.
Yann a sa Strat' et son jack, tous les 2 en même temps au même endroit ! Lui n'a pas hérité de la tête et de l'ampli Marshall, mais ce n'est que partie remise. Tout guitariste doit connaître ce plaisir. Ca aide à vouloir mieux jouer pour honorer le matos. Alors que la rythmique Bertrand / Cyril s'affine et se met en place, la section 6-cordes a plus de mal. Première fois qu'on joue tous les 2 'plugged' et les rôles ont du mal à se définir. Yann aspire à la rythmique. Un travail sur le style s'impose: ses essais garage sonnent bizarrement très folk. Non je dis ça sur un mode très PR , pour le protéger, c'est 'Hugues Aufray' que j'avais à l'esprit, pas folk. Je dois donc m'orienter vers la lead et je n'ai pas toujours le bagage. Il faudrait un marteleur et un virtuose ... on a un Hugues Aufray et un autiste. Surtout, alors qu'on devrait créer une émulation, et c'est ce qui arrivera avec le temps, on n'a pas l'aisance nécessaire pour s'écouter les uns les autres encore. Trop concernés par notre propre jeu. Pas facile de jouer ensemble. Progrès jamais assez rapides pour notre enthousiasme. Brique par brique. That's the way ...
Résultats peu probants et l'heure tourne.
On s'attaque à 'Monkey gone to Heaven' des Pixies. Tout de suite, le morceau a des exigences, on doit se régler, ça nous remet en selle. Anne-So nous bluffe encore. C'est drôle de la voir observer son petit rituel chaque fois. Les inhibitions de début de session . Elle commence assise et recluse dans son coin et finit toujours debout micro à la main ... chante de mieux en mieux au fil de la répét' ... elle a commencé assise et de dos, la première fois, elle finira à se jeter dans le public à New York. Ici, Frank Black a son chant propre et elle doit faire sa sauce. Elle va même jusqu'à traumatiser Yann sur son 'theeeen Goood is 7 ' . Comme elle dit, c'est intéressant car tout le monde lâche un peu prise pendant les répét' ... Bertrand de son côté confie qu'il joue là comme s'il jouait devant 20 000 personnes. Hey Ho Let's go ! Le frisson rock. Que dire de moi ? Je ne sais pas ... toujours dur de se voir comme on est. Le plaisir est là, la culture rock également. Est-ce que ça m'empêche de passer pour un autiste ou un gars qui n'est pas fait pour ça ? ....... Je manquerai pas un seul article sur nous dans le NME.
1 ... 2 ... 3 ! raaaw rawww raaaw ... 1 ... 2 ... 3 ... 4 ?!?!? ' Bertrand, t'avais dit 3 ! ' .... ' le solo, 2 fois, Arnaud, 2 fois ' ... réticent ...
Bertrand s'affirme comme le régulateur du groupe, bien pour un batteur.

Minuit ...
' Personne a rien oublié ? '
' Non'

.... Yann oublie sa guitare dans le studio .... !